[Témoignage : Joy, mariée, confinée, deux fils de 4 et 8 ans]

Nous continuons la série de témoignages spécial confinement. Ces derniers ont pour but de donner la parole aux parents face aux inquiétudes qu'ils peuvent avoir et face aux questions qu'ils se posent sur leurs enfants.



L’annonce des fermetures des écoles je l’ai vécu comme une injustice envers les enfants car on les fait passer pour ceux qui propagent le coronavirus. Du coup, toi, parent, tu ne peux plus aller travailler du coup car tes enfants ne se gardent pas tout seuls. Concernant le confinement, nous sommes en milieu rural donc nous n’avons pas de cas de COVID-19. L’accompagnement des enfants se fait avec des révisions un peu plus d’une heure par jour, mais pas durant 4h comme le préconise l’éducation. Malgré les propositions de la part des instituteurs.trices, moi je ferai ce que je peux avec les moyens que j’ai. Il n’y a pas longtemps on nous parlait des conséquences des écrans sur les enfants, et là on te donne des devoirs à faire sur l’ordinateur pour Marius, le plus jeune. Je ne le cautionne pas. J’ai donc acheté des cahiers d’exercices et activités adaptées à son niveau.


Le décodage du psy :


Joy soulève un point important dans tout son témoignage, celui de la cohérence des réponses apportées pendant une période de crise exceptionnelle. Elle fait donc partie de ces gens pour qui, même durant une situation hors du commun (je devrais dire surtout) tout doit rester comme avant et la continuité (des devoirs, des services, du quotidien…) doit être maintenue. 

On pourrait alors se demander ce que cache ce besoin de cohérence extrême, au point de résister aux changements, puisqu’à l’évidence Joy a compris la gravité de la situation.


En psychologie et plus particulièrement face à un événement aussi exceptionnel et particulier que cette pandémie, cette forme de résistance au changement pourrait traduire un état de choc, et/ou un état de stress sous-jacent. Mettons nous deux minutes à la place de Joy : d’abord elle habite dans une zone rurale et donc à l’abri des dangers. Son quotidien était certainement réglé comme du “papier musique” !


Le confinement est venu remettre en cause une organisation de vie tout entière, ce qui a très certainement accentué le stress quotidien pour la plonger en phase de stress aigu. Voilà pourquoi tout se mélange et se bouscule dans ce témoignage. 


Pourquoi le confinement peut s'avérer être un choc ?


Ce sentiment d’incompréhension majeure et d’incohérence du système peut être dû à un effet de “choc psychique” lié aux événements. D’abord, le choc de l’arrêt des cours, qui est perçu comme une mise en accusation des enfants et non pas comme un moyen de les protéger. Car, à 4 et 8 ans comment faire respecter les gestes barrières au moment du jeux et éviter qu’ils ne s’infectent pas eux-mêmes et par extension qu’ils infectent les autres ?


Ensuite, le choc des conséquences sur son quotidien qui se voit bousculé : elle n’y était pas préparée et peut ressentir un manque de maîtrise sur les évènements à venir, sur ses enfants ou sur son travail. L’absence de contrôle sur la situation, les personnes où les choses sont très problématique pour les personnes souffrant déjà de stress au quotidien. L’impact du confinement sur son organisation de vie peut être vécu et ressenti comme un vrai traumatisme, puisque ce qui fait trauma, c’est justement ce qui est imprévu et qui fait peur !


Comment éviter un traumatisme à la suite du choc du confinement ?


La première stratégie de défense utilisée par l’esprit humain face à une situation traumatisante est le déni de l'événement qui provoque Le choc.


C’est un peu comme si l’esprit raisonnait ainsi : “si je supprime l'événement, je supprime également le caractère de gravité et donc je supprime tout risque de traumatisme”.  Ce mécanisme peut expliquer pourquoi Joy pense qu’elle est à l’abri dans sa campagne, car au fond d’elle-même, elle sait bien que le COVID-19 ne connaît pas de frontières mondiales, ou rurales ! Le danger reste bien réel dans ces deux cas.


Ce qu’il faut comprendre c’est que le déni de gravité est au service de son équilibre intérieur, cependant cette stratégie de défense à un prix : la colère pour ce qui concerne ses émotions et l’hyper-rationalité ou rigidité mentale au niveau de l’intellect. La colère on la perçoit quand elle témoigne des difficultés à encadrer ses deux garçons au niveau scolaire. 


Elle a raison de ne pas se mettre la pression et de dire “je ferai ce que je pourrai”! Effectivement l’enseignement est un métier à part entière et on ne s’improvise pas professeur des écoles. L’hyper-rationalité excessive se perçoit dans son commentaire sur les écrans. Les écrans sont un moyen d'accéder à un savoir et ce moyen est très adapté en ce moment. Lorsque les recommandations sur les écrans sont faites cela concerne une utilisation excessive et abusive sans finalité d’apprentissage (visionnage de films, jeux vidéo, réseaux sociaux, etc).


La gravité de la pandémie associée au caractère plus ou moins soudain, imprévu et fortement angoissant peut créer un traumatisme psychique aussi bien chez les adultes que chez les enfants. Face à une situation potentiellement traumatisante la psyché se défend en se “rigidifiant”. Faire preuve d’adaptabilité au travers d’une souplesse intellectuelle et émotionnelle est alors extrêmement difficile et nécessite, pour un individu, de mobiliser de façon consciente toutes ses ressources personnelles pour assouplir ses défenses mentales. En psychologie cela s’appelle la résilience !




Par Marie-Françoise Bertrand,

Psychologue Clinicienne et Présidente My Family Up



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